Dans la peau des autres : Ces casse-pieds qui mangent « sans-gluten »

The Vegan Strategist est un blog qui s’adresse en particulier aux activistes de la cause animale, mais il peut être une mine d’information pour tous. Tobias Leenaert, auteur du blog, utilise une communication amicale et pragmatique, car c’est pour lui la meilleure stratégie pour faire passer ses idées.


Les personnes qui suivent un peu mon travail savent peut-être que j’attache une grande importance à la capacité de me défaire de ma propre expérience. Cela signifie essayer d’adopter la position des personnes que l’on veut toucher. Essayer de comprendre comment ils nous voient, comment ils reçoivent notre message. Si vous souhaitez en lire plus sur le sujet, jetez un coup d’œil à mon article You are not your audience.

Il n’est pas facile de se mettre à la place des autres et d’imaginer ce que c’est que d’être ces personnes qui nous écoutent. Les expériences de pensée, ou les situations dans lesquelles d’autres personnes sont pour nous ce que nous sommes pour les « non-vegans » peuvent aider. J’ai déjà écrit à propos d’imaginaires superlocavores vegansqui parce qu’ils vont plus loin que nous les vegans « communs », peuvent provoquer chez certains d’entre nous un sentiment de culpabilité, d’infériorité ou de reproche que nous pouvons provoquer chez les non-vegans. Voici un exemple plus réaliste d’une situation qui m’a enseigné quelque chose sur la façon dont les non-vegans peuvent vivre notre présence et nos habitudes alimentaires.

Il n’y a pas si longtemps, je recevais des invités pour le dîner qui m’ont annoncé qu’ils étaient intolérants au gluten. J’ai découvert en moi quelques sentiments et pensées qui, je pense, sont peut-être assez similaires aux sentiments et pensées que les non-vegans ressentent à mon propos — en particulier lorsqu’ils m’invitent à dîner.

 

Glutenfree cartoon
« Je ne mange plus de gluten depuis tout juste une semaine, et je suis déjà super agaçante. »

 

Je me suis rendu compte que je ne savais pas vraiment ce que mangent et ne mangent pas les personnes intolérantes au gluten. Malgré le fait d’être confronté au mot et au concept de gluten-free presque en permanence, sur les paquets des produits, dans des restaurants, etc., je n’avais pas une connaissance suffisante du sujet pour préparer en confiance un repas sans gluten pour mes invités. J’ai dû me renseigner. Toute la chose m’a déconcerté, et lorsque j’ai cherché sur Google, j’ai découvert des termes comme sensibilité au gluten, intolérance au gluten, allergie au gluten, maladie cœliaque, etc. Le gluten s’est révélé être présent non seulement dans le blé, mais aussi dans les céréales comme l’épeautre, l’orge et le seigle. Et qu’en est-il de l’avoine qui techniquement ne pose pas de problème, mais qui est souvent contaminé par le gluten ? Est-ce que cette contamination était un problème pour mes convives ou pas ?
Souvent, on fronce les sourcils ou on se moque des non-vegans qui sont si lents à comprendre, et on pense : « Si ça vient d’un animal, je ne mange pas : est-ce que c’est si difficile à comprendre ? » Mais peut-être que ce n’est pas si facile après tout. Une personne intolérante au gluten doit aussi se demander : « combien de fois vais-je devoir expliquer ce concept pourtant simple ? » Dans les domaines du sans animal et du sans gluten, ils existent différents termes, différents degrés de rigueur, différentes motivations… Et ce n’est peut-être pas aussi facile à comprendre qu’on le pense.

Je m’interrogeais sur les intentions de mes invités.
Je n’aime pas quand les gens semblent penser que je demande un repas vegan pour des raisons triviales. Parfois, on peut quasiment deviner les non-vegans penser que l’on fait ça pour l’attention, pour être spécial, pour être à la mode. Ce n’est pas drôle. Mais je me suis vu faire un peu la même chose avec mes invités. Pourquoi ont-ils demandé de manger sans gluten ? Est-ce qu’ils avaient effectivement une maladie diagnostiquée ? Si oui, laquelle ? Est-ce que le gluten pouvait vraiment nuire à leur santé ou en fait ça n’était pas si mauvais ? Ou est-ce qu’ils (Dieu nous en garde) suivaient juste une mode ?
Je sais que je ne devrais pas faire ça. Je devrais juste honorer leur demande. Mais c’était la première fois que ça m’arrivait, et en plus, je ne suis pas aux États-Unis, où chaque demande de régime alimentaire particulier est traitée avec le plus grand respect. C’est le genre de chose qui attend encore d’arriver en Europe. Alors, désolé d’être un plouc.

J’étais stressé de cuisiner.
J’ai rapidement jeté un coup d’œil aux plats que je cuisine habituellement pour mes invités, et ils contenaient tous du gluten. Je ne devrais pas en faire toute une histoire, mais c’était, pour le moins, légèrement ennuyeux, et cela m’a rendu un peu nerveux. Je ne pouvais pas compter sur le succès certain de mes concoctions habituelles. Quelque part, un peu plus loin dans mon esprit, je leur reprochais ça et le risque que cette soirée ne soit pas un succès culinaire. J’ai même envisagé de préparer un plat différent pour eux et pour moi (et ma petite amie) pour qu’au moins nous mangions quelque chose dont je savais que ce serait bon.

C’est certaines des pensées plus ou moins rationnelles, plus ou moins égoïstes qui m’ont traversé l’esprit. Vous pouvez penser : mais sans gluten et vegan sont complètement différents ! Dans le cas des vegans, nous avons ces grandes motivations morales, cette éthique super importante que les gens doivent prendre au sérieux, pas vrai ? Si nous sommes clairs comme de l’eau de roche sur nos intentions, et la non-trivialité de nos motivations, si nous sommes sans équivoque dans notre communication, et super cohérents dans nos comportements, alors tout sera clair, n’est-ce pas ? Et une fois que c’est clair, nos demandes seront toujours acceptées, sans questions.

Eh bien… Je n’en suis pas complètement sûr. Il semble que pour beaucoup ou la plupart des non-vegans, il soit très difficile de complètement saisir à quel point ces morales sont importantes pour nous. Pour beaucoup, les questions de santé sont plus faciles à prendre au sérieux. Pensez-y. Le meilleur moyen de ne pas avoir de produits laitiers dans vos plats au restaurant est d’annoncer votre intolérance au lactose (bien sûr, cela a aussi à voir avec la responsabilité du restaurant). Mais, même dans ces cas-là, beaucoup d’entre nous — comme moi, je suis méchant ! — ne prennent pas automatiquement ces demandes complètement au sérieux, et font des suppositions à propos de leurs invités ou clients. En ce qui concerne le fait d’être cohérent, je peux vous dire que si mes convives m’avaient dit « Oh, un peu de gluten par-ci par-là, ce n’est pas grave, ne t’en fait pas, » j’aurais été reconnaissant du répit, plutôt que confus.

Le but de tout ça, une fois encore, est de se mettre à la place des autres. Cela peut enrichir la compréhension que nous avons d’eux. Et comprendre d’où viennent les autres améliore presque toujours notre estime et notre communication.

Cet article a été traduit avec l’accord de l’auteur. Vous trouverez l’article original à cette adressehttp://veganstrategist.org/2017/06/23/stepping-peoples-shoes-annoying-gluten-free-people/

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s